Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Ces derniers temps, j'ai testé un certain nombre de recettes que je n'ai pas publiées sur le blog. Une ribambelle de raisons, plus ou moins fantaisistes, pour ne pas créer : 

1. Le manque de temps - toujours la même excuse ! ;

2. Je n'ai pas obtenu, d'un point de vue gustatif, le résultat attendu - mon palais est plus critique que mon oeil ombré quand je prépare un plat ;

3. Les photos de quelques-unes de mes réalisations ne m'ont pas convaincue - j'ai l'oeil du sniper et dézinguer tous les défauts de mes clichés, au point de ne voir plus qu'eux, se révèle manie peu constructive ;

4. Quand la recette est appréciée, je ne sais parfois que raconter - comme si le sirocco avait envahi mon cerveau devenu zone aride, l'inspiration s'est tarie, le silence est roi, je déserte les lieux ;

5. Par manque de motivation - je suis légèrement feignasse sur les bords, au milieu aussi, or écrire un article demande de l'énergie, du temps, nonobstant le soulagement et le plaisir que j'en tire lorsque j'en ai achevé la rédaction.

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Alors que j'étais en train de réaliser cette recette et d'envisager la potentielle publication d'un billet, sans même savoir si la focaccia serait à mon goût, j'ai pris conscience que je ne savais qu'en dire. Les idées, déjà pauvres, tombaient complètement à plat...

1. "C'est le printemps, le mois de mai, voici des légumes printaniers !".

Une introduction trop passe-partout, puis "printemps" et "printanier", bonjour le polyptote ! (mot qui, soit dit en passant, a toujours son petit effet dans les soirées mondaines). Comme un pois chiche dans la tête ou de la purée de pois, le vide transcendantal (ça ne veut rien dire...) dans une boîte crânienne.

2. "Le mai le joli mai d'Apollinaire me trotte dans la tête à chaque printemps..."

Bien que cette phrase soit vraie, elle s'englue d'un pédantisme rêche. Trop de confiture littéraire pour être honnête, d'autant qu'Apollinaire ne fait aucune mention de petits pois... 

3. "La focaccia de la princesse au petit pois, vous en rêviez, je l'ai inventée !"

Pfffff. Dodo. Fatiguée. Mouarf, je sens quelque chose de gênant sous l'omoplate droite, qui fait remonter une douleur pinçante jusqu'à la base de mon cou. Peut-être un petit pois...

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

J'ai poursuivi la réalisation de cette focaccia sans me soucier de son sort sur le blog. Après tout, pourquoi ne pas publier sans introduction, sans transition, sans argumentation ni conclusion ?

Au diable la ligne éditoriale (si j'ai, un jour, prétendu en avoir une) et les mots de presque hier ! On n'en était pas à une contradiction ni à un retournement de veste près. Ce serait plus simple, sans prise de tête, le soulagement ! Quant aux éventuels visiteurs du blog, ça leur ferait des vacances.

Boum, une photo et une recette, sans préambule. Le but d'un blog de cuisine, finalement. Le reste, on s'en fout ! (j'oublie souvent d'être polie)

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Aussi ai-je continué ma recette dans cette optique : publier sans blabla ni complication (avec le recul, je pouffe...).

Tout se passait bien, jusqu'à ce que j'enfourne la focaccia. Mon pesto d'un beau vert est devenu terne à la cuisson. Le vert tendre avait à peine viré marronnasse que, déjà, dans mon esprit, l'article "focaccia" était oublié. Enterré même ! Recette recalée avant de la goûter. Je ne publie pas si, d'après moi, c'est moche. Qu'importe la subjectivité du visuel. Les goûts et les couleurs... on connait la chanson !

Toutefois, le mal était fait, la focaccia était dans le four, je ne pouvais plus revenir en arrière. Déçue, blasée, en colère, une ratatouille émotionnelle intérieure, j'ai poursuivi mes préparations avec pour seul objectif d'en finir, de manger cette focaccia, bonne, si possible, et basta, on n'en parlerait plus.

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Si l'étape cuisson des petits pois m'a offert d'agréables perceptions : la beauté de l'écume verte à la surface de la casserole a retenu mon attention quelques secondes ou minutes de trop et catata... catastrophe. Les pois, les plus petits, ont trop cuit. De la bouillasse, dans ma passoire.

Oubliées, l'écume du jour, l'émotion au bord de l'eau.

J'ai soupiré, avant de récupérer les gros pois, encore beaux et ronds. Au moins, j'avais sauvé ça ! Que faire des petits pois informes, néanmoins ? Ils ne redeviendraient jamais ce qu'ils avaient été. Fallait-il les cacher, les jeter, les remplacer, continuer à les renier aussi vainement que bêtement ?

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Alors que je commençais à écraser les petits pois trop cuits à la fourchette, retrouvant le vert tendre, perdu un peu plus tôt, j'ai eu l'intuition de tenir une bribe d'introduction. Une fulgurance dans le cortex. La naissance d'une idée, impalpable encore à ce moment-là, mais dont la vivacité me faisait dire qu'elle était prometteuse. Il restait à la creuser, trouver une accroche pour qu'elle ait sa place ici, la mettre en valeur, accueillir les mots tels qu'ils viendraient, griffonner page blanche maladroitement d'abord, corriger, déplacer, éventuellement prendre du recul pour donner à cette recette le sens qui lui revenait.   

Quand on y songe, un certain nombre de plats se sont révélés lors d'un raté, alors pourquoi les cacher honteusement ? Ces anti-héros culinaires qu'ils soient trop communs, pas vraiment beaux, sans grand intérêt ni consistance, accidentés, imparfaits ont aussi leur place ici, qu'ils aient ou non le même succès que la tarte tatin ou le chocolat dulcey de Valrhona. Tant que le goût est là...

Et dans cette focaccia, le goût y était ! 

Montrer le moche, dire ce qu'on aurait préféré cacher, dévoiler (partiellement) l'envers du décor et les ficelles de l'ici, car mise en scène il y a sur ce blog (ne soyons pas naïfs) ; voilà le parti que j'ai pris pour cette recette.

Focaccia printanière, la recette

  • 1 pâte à focaccia (recette adaptée d'Un déjeuner de soleil)
  • 2 oignons nouveaux
  • 1 grosse poignée de petits pois frais
  • Quelques cuillerées de pesto à l'ail des ours (ou tout autre pesto)
  • 2-3 radis
  • Parmesan
  • Thym citron, persil, sel, poivre, huile d'olive

Emincez les oignons nouveaux et faites les revenir rapidement dans un peu d'huile d'olive. Réservez.

Etalez la pâte à pizza sur une plaque.

Versez le pesto sur la pâte.

Ajoutez les oignons nouveaux revenus.

Parsemez de thym citron.

Laissez lever 3/4 d'h.

Préchauffez le four à 200°C. 

Enfournez.

Faites cuire les petits pois écossés à l'eau bouillante salée. Rafraichissez-les immédiatement après cuisson.

Ecrasez éventuellement les petits pois trop cuits...

Ciselez du persil.

Coupez des lamelles de radis.

Faites des copeaux de parmesan.

Dès la sortie du four, répartissez les petits pois, les copeaux de parmesan, le persil frais ciselé et les lamelles de radis sur la focaccia.

A table !

Annexe 1

La loi des séries a voulu que le fond de ma focaccia reste collé au papier sulfurisé. Il m'a fallu le couper entièrement.

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Annexe 2

A la découpe, j'ai mis des petits pois, des oignons, des lamelles de parmesan, des miettes partout sur ma nappe (pas repassée et purement accessoire, je ne m'en sers que pour le blog).

Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Annexe 3

Je retouche toujours la luminosité de mes photos.

Focaccia printanière - essais et tâtonnements
Focaccia printanière - essais et tâtonnements

Annexe 4

Puisque dans cet article, il y a finalement eu une introduction, des transitions, de l'argumentation, il ne manque qu'une conclusion.

La morale de cette histoire : en cuisine, comme dans la vie, qu'importent les embûches, l'essentiel est de rebondir et, dans la mesure du possible, d'essayer de composer avec ses petites faiblesses, ses qualités (celles des autres aussi) et/ou celles de son plat.

NB : je me permets de faire la morale alors que je suis souvent bien incapable d'appliquer les conseils que je donne. 

Annexe 5

Cet article a été commencé le 20 mai 2017, terminé publié le 24 mai, mais je risque encore d'y apporter des corrections à l'avenir (coquilles manquées, répétitions qui m'auraient échappé, erreurs grammaticales ou fautes d'orthographe, manque de précision, phrases parfois mal assumées).

Annexe 6

Dans la même veine peu heureuse et en pire (je me répète finalement) : Ceci n'est pas un Paris-Brest

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Emilie 28/05/2017 18:18

Ta focaccia printanière est très appétissante. C'est toujours un plaisir de découvrir tes articles tant pour l'écriture (je t'imagine toujours dans les situations que tu décris) que pour les photos et les recettes.
Tout à fait d'accord avec ta moralité. J'ajouterai que ce sont les petits défauts qui font le charme d'un plat, d'une personne (je te rejoins aussi pour le Nota Bene ;-)

Sandrine 31/05/2017 09:34

Merci de ton passage, Emilie :-)
Il faudrait qu'on se refasse une session "cuisinons ensemble". Il fait un peu trop chaud en ce moment, mais pas envie d'attendre la période des fêtes... On y réfléchit ?
Bisous <3